Les Allemands ont été les précurseurs dans la réalisation de la base industrielle en Algérie

Mohamed Benmeradi, ministre de l'Industrie
Mohamed Benmeradi, ministre de l'Industrie

Le marché automobile est en phase de passer à un demi-million de véhicules ; il dépassera ainsi l’actuelle facture de 5 milliards de dollars. Aujourd’hui, l’industrie automobile s’impose à nous de fait du marché et il ne s’agit plus d’une démarche volontariste ou objet de fixation, comme les choses ont de tout temps été présentées jusque-là. Depuis 2011, un premier pas a été confirmé dans le secteur du véhicule industriel à travers le partenariat avec le groupe Daimler, celui des motoristes Deutz, Daimler et MTU à travers EMO qui produira 20.000 moteurs, ou du partenariat LIEBHERR-ENMTP. Tout en négociant avec Renault et VW, une nouvelle voie commence à s’éclaircir, comme le précise ici M. Benmeradi, à savoir la création d’une nouvelle filière industrielle avec une intégration réelle et, de ce fait, exige des partenaires dans les projets en cours de s’impliquer dans la mise à niveau des PME/PMI du secteur privé afin de pouvoir accompagner tous les projets. Accélérer le développement d’une industrie de la sous-traitance est l’une des priorités fixées à réaliser dans les trois années à venir. VW ou Renault ? Probablement les deux; le marché est prêt à les accueillir… Suivons-le.

 

L’auto-marché : Monsieur le ministre, quel état des lieux faites-vous du tissu industriel en Algérie concernant les domaines automobiles, équipements, véhicules industriels et engins de travaux publics ?

Mohamed Benmeradi : Le tissu industriel national dans le secteur de la mécanique dispose, globalement, d’un fort potentiel de production et d’un marché assez appréciable. Actuellement, ce secteur, qui a fait ses preuves et démontré la réalité de ses capacités, connaît la mise en oeuvre de plans de développement et demodernisation. Il s’attèle, aussi, à la réalisation de nouveaux projets en partenariat sur une période de cinq années et ce, à compter de l’année 2011. Il s’agit, principalement, du Projet Véhicules industriels et Véhicules légers tous terrains avec le groupe allemand Daimler, du Projet Moteurs avec les motoristes allemands Daimler, Deutz et MTU, du Projet Engins de l’ENMTP avec le groupe allemand Liebherr.

L’Algérie va bientôt fêter son cinquantième anniversaire de I’Indépendance, sommes-nous en manque de ce privilège au plan industriel ?

Il n’y a aucune gêne à dire qu’à la faveur de la célébration du cinquantenaire de l’Indépendance, l’industrie sera évoquée,notamment pour démontrer encore une fois la volonté des pouvoirs publics quant à la relance de l’industrie nationale; l’objectif majeur étant de faire passer sa part dans le PIB de 5% présentement à 10% à moyen terme, de créer des emplois, de la valeur ajoutée, des richesses et de raffermir la croissance. D’autres questions essentielles seront, également, abordées telles que les programmes entamés en vue de la densification et de la diversification du tissu industriel, le développement de la sous-traitance pour une intégration réelle, la mise à niveau des entreprises pour acquérir une vraie compétitivité, sans oublier les différentes mesures et facilitations décidées au profit des entreprises; je pense à l’effacement des dettes, au meilleur accès au foncier et au financement.

Pouvez-vous nous donner plus d’éléments sur les modèles de partenariats réalisés par la SNVI avec ZF, BTK Tiaret, moteurs et autres avec Daimler, dont le premier camion est prévu pour 2013, bien que nous ayons appris qu’il y a eu changement de choix de produits à monter ce qui, nécessairement, va demander des délais supplémentaires; est-ce que cette date est maintenue ?

Oui, le premier camion sortira en 2013, comme prévu. Rien n’indique qu’il y a eu changement. La SNVI développe ses plans avec l’allemand ZF dans la boîte de vitesse et avec le français BTK dans la carrosserie. Globalement, les partenariats sont en cours de mise en oeuvre par la SNVI, mais aussi par l’EMO et l’ENMTP qui sont des partenariats participatifs à travers des joint-ventures (JV).

Au-delà de ce partenariat pour produire des Zetros ou des Unimog, qu’en est-il de la modernisation et de la normalisation de la gamme de la SNVI; cela est-il prévu dans ce cadre ?

Le projet de partenariat de la SNVI prévu avec Daimler consiste, justement, à moderniser la gamme de la SNVI.



En restant dans le domaine du véhicule industriel, quelle évaluation faites-vous de l’expérience du privé algérien dans le montage, dont Scania et MAN par exemple ?

L’activité montage peut constituer une phase d’apprentissage, mais elle ne doit, en aucune manière, être une finalité. Les pouvoirs publics encouragent toujours le partenariat public-privé pour, justement, créer les conditions réelles de l’intégration intra et intersectorielle.

L’industrie automobile semble être une affaire d’Etat; ne pensez-vous pas que le privé algérien qui a capitalisé des capitaux serait en mesure de le faire ?

L’industrie automobile n’est pas exclusivement une affaire d’Etat. Les pouvoirs publics s’attèlent à la création d’une nouvelle filière industrielle avec une intégration réelle. La disponibilité des capitaux n’est absolument pas la seule condition pour développer l’industrie. Le développement de la sous-traitance avec les entreprises privées et l’implication de celles-ci constituent une action très importante et incontournable à entreprendre et réaliser très rapidement sur le terrain. C’est, justement, sur cet axe que nous sommes en train de travailler. Nous avons exigé de l’ensemble de nos partenaires et cela pour tous les projets en cours de s’impliquer dans la mise à niveau des PME/PMI du secteur privé, afin de leur permettre très rapidement, en principe sur trois années, d’accompagner tous les projets. Aucune initiative n’est rejetée, pour peu que la volonté existe chez les partenaires ayant capitalisé surtout un savoir-faire. C’est à ce niveau que l’intervention des PME/PMI algériennes est vivement souhaitée. C’est même la vraie raison de la démarche des réseautages en vogue dans les pays industrialisés et qui a fait ses preuves. C’est un bon exemple à suivre.

Aussi, nous ne manquerons pas d’évoquer l’un des projets industriels aussi capital par la taille du marché des travaux publics porté dans les schémas directeurs à l’horizon 2025, auxquels doit répondre le partenariat LIEBHERR-ENMTP. Depuis le dernier communiqué, datant d’il y a presque un an, annonçant l’acquisition d’une nouvelle chaîne de montage dans le cadre de ce partenariat, lors duquel deux entités industrielles et commerciales ont vu le jour, la gamme demachines (engins) à produire, qui se décline au nombre de huit et qui s’étend sur divers segments (grues mobiles…); à quand le lancement de la production de la nouvelle gamme aux nouvelles normes ?

Le projet de partenariat entre l’ENMTP et le groupe Liebherr doit, effectivement, introduire une nouvelle gamme de matériels et d’engins de terrassement et de levage. La production sera à hauteur de 400 à 500 unités par an. La nouvelle gamme qui sera lancée dès l’année 2013, dans le complexe de Aïn Smara, à Constantine, avec le groupe Liebherr remplacera, progressivement, l’ancienne gamme de l’ENMTP et ce, sur cinq années.

Des changements auraient été effectués à la tête des entreprises engagées dans les négociations en vue de partenariats industriels, à savoir SNVI et ENMTP ; cela est-il motivé par la suite des négociations ?

Absolument pas.

Les Allemands semblent plus favorables à s’investir en Algérie dans les projets de boîtes de vitesse, de camions, de véhicules tous terrains et d’engins de travaux publics ; qu’est-ce qui a fait que certains sont motivés alors que d’autres non ?

Chaque groupe industriel a sa stratégie internationale. Il y a lieu de noter, néanmoins, que les partenaires allemands ont été les précurseurs dans la réalisation de la base de l’industrie mécanique en Algérie.

Et les Chinois dans tout cela ? Un de vos prédécesseurs n’a pas jugé utile de construire une usine avec les Chinois, du fait que ces derniers n’ont pas atteint les normes internationales ? Maintenez-vous la même position ? Les Chinois rachètent les grandes marques européennes ; l’Algérie n’a-t-elle pas perdu un partenaire pour le futur ?

En tout cas, il n’y a pas de restriction du côté algérien concernant le choix des partenaires, dans la mesure où les produits sont aux standards internationaux.

Depuis le projet mort-né de Fatia, les constructeurs automobiles, par voie de leurs représentations commerciales en Algérie, ont toujours exprimé une impossibilité à aller vers une usine demontage en Algérie et ce, durant la période 1999-2007, en brandissant d’abord la taille du marché, ensuite l’indisponibilité du foncier industriel et avant celui-ci les incitations fiscales, le crédit pour, enfin, clore le sujet avec la protection du marché, ce qui nous amène à se poser la question de savoir dans quel contexte s’inscrit la démarche de monter une usine de fabrication automobile enAlgérie ? Est-ce que cela se fera pour le marché local sans perspective sur l’exportation ?

Il faut savoir que le marché algérien se situe, aujourd’hui, à 400.000 véhicules/an, soit près de quatre milliards de dollars sont déboursés chaque année. Avec ce niveau, la réalisation d’un projet d’usine de véhicules particuliers devient une nécessité dans la mesure où le développement d’une industrie automobile permettra, également, d’accélérer le développement de la sous-traitance nationale qui, à terme, deviendra une source d’exportation efficace et sûre. Elle permettra, aussi, de créer en amont et en aval de cette industrie beaucoup d’emplois de niveau élevé. Pour ce qui est du foncier industriel, il n’y a aucune restriction. Quant aux avantages pouvant être accordés à ce projet, le Code des investissements permet des niveaux d’avantages substantiels, si on se compare à d’autres pays, notamment pour les industries naissantes; l’industrie automobile étant une industrie naissante pour l’Algérie. Concernant l’exportation, et sachant que nous voulons fabriquer des véhicules avec le label d’un constructeur automobile international reconnu, il est prévu un début d’exportation, une fois le marché national satisfait.

Au final, faut-il y croire à l’éventualité d’une usine supplémentaire Renault, sachant que le constructeur français vient d’inaugurer au Maroc une usine de Dacia dont 80% de la production sont destinés à l’exportation. On voudrait savoir si cet élément nouveau ne va pas être introduit comme condition dans les négociations ? Vendre des Dacia de Tanger en Algérie est-il possible ?

Le projet réalisé par Renault au Maroc n’a jamais été pris en compte par la partie algérienne dans sa démarche de négociations avec ce constructeur français. Je vous confirme que les discussions avancent normalement avec Renault et, d’ailleurs, aussi avec le constructeur automobile allemand Volkswagen.

Si le projet Renault est réalisable, allons nous construire des modèles automobiles Dacia ou Renault ?

C’est une question qui sera traitée au moment opportun.

Il n’y a pas eu de déclaration depuis la visite des émissaires de Renault dans la zone de Bellara ; sont-ils intéressés ou pas par ce site ? Bute-t-on encore sur la question du foncier industriel ?

Le foncier industriel ne constitue pas un obstacle. Je l’ai déjà précisé.



Dans votre dernière déclaration à ce sujet, vous avez de nouveau sorti la carte Volkswagen; est-ce un nouveau round qui s’ouvre avec un autre constructeur et qui signe la fin des négociations avec Renault ?

Absolument pas. Les négociations avec Volkswagen ont été entamées bien avant.

Karima Alilatene.

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